Pendant ce temps à l’Est…

Alors que les regards du monde entier sont tournés vers les tensions au Moyen-Orient et leurs conséquences sur les vies humaines, sur l’économie et l’énergie, une autre évolution stratégique se joue toujours plus à l’Est et plus précisément en Chine. Les responsables politiques chinois se sont réunis à l’occasion des « deux sessions », grand rendez-vous politique qui rassemble simultanément l’Assemblée nationale populaire et la Conférence consultative politique du peuple chinois, organe réunissant à la fois des partis politiques, des organismes professionnels, des scientifiques, etc. C’est à ce moment que sont entérinées les grandes orientations économiques et stratégiques du pays.

Où va la Chine donc ? Les autorités chinoises ont donné un objectif de croissance compris entre 4,5 % et 5 % du PIB en 2026, légèrement inférieur aux 5 % atteints en 2025, et veulent continuer de transformer son économie. A regarder de plus près le précédent plan quinquennal (2021-2025), la Chine avait déjà fixé des objectifs ambitieux : augmentation des dépenses de recherche et développement, montée en puissance des industries stratégiques, transition énergétique accélérée… La copie rendue en fin de plan semblent satisfaisants dans plusieurs domaines avec un écosystème industriel puissant, notamment dans l’automobile électrique : symbole d’une concurrence extrême entre entreprises chinoises pour maximiser les performances et baisser les prix, cette industrie illustre aussi le phénomène déflationniste qui peut nuire à l’économie chinoise.

Le prochain cycle de planification, qui couvrira la période 2026-2030, devrait prolonger cette transformation tout en s’attaquant aux fragilités : déflation, crise immobilière persistante, démographie en recul et croissance moins dynamique qu’au cours des décennies précédentes. Trois priorités ont été fixées. L’autonomie technologique d’abord : les restrictions américaines sur les semi-conducteurs ont convaincu la Chine d’accélérer ses efforts pour sécuriser ses chaînes d’approvisionnement dans les technologies critiques. La deuxième porte sur la modernisation industrielle : robotisation, intelligence artificielle appliquée à la production, nouveaux matériaux ou encore biotechnologies.

Et l’Europe dans tout ça ? Face à une Chine qui planifie sur plusieurs décennies et investit massivement dans ses filières stratégiques tout en menant des purges dans l’armée, la question n’est plus seulement celle prise isolément du commerce, mais bien celle de la capacité européenne à faire émerger ses propres champions technologiques, ses Futures Licornes. C’est aussi là que se jouera une part de l’équilibre économique mondial à l’horizon 2030.